2024 exposition
la vitesse est égale à la distance divisée par le temps
En arrivant à Buda – qu’il s’agisse d’une visite furtive ou d’un passage de routine – on est immédiatement frappé par les nombreux axes de transport qui quadrillent le périmètre. Lignes ferroviaires et voies navigables, viaducs et tunnels, chemins et autoroutes, pistes cyclables et routes aériennes, chaque axe vit à son propre rythme. Ce réseau de mouvement perpétuel a pour toile de fond un paysage relativement calme, façonné par les vestiges du développement industriel. Loin des regards, les bâtiments inoccupés et les mauvaises herbes envahissantes sont les seuls témoins de la polyphonie ambiante.
En physique, la vitesse se définit par le temps qu’un objet met à parcourir une certaine distance dans un laps de temps donné. Ces trois paramètres – vitesse, distance et temps – sont les éléments qui déterminent la perception d’un espace donné, et constituent les points de départ artistiques de la présentation et de la création d’œuvres d’art récemment déployées dans les espaces publics de Buda. La formule reflète également l’approche méthodologique des artistes. Que se passe-t-il lorsque la vitesse est modifiée, et comment cette modification influe-t-elle sur le rapport entre la distance et le temps ? Comment la variation du temps, isolée puis replacée dans l’équation, affecte-t-elle le résultat ? Border Buda présente l’espace et le temps comme des facteurs essentiels au développement de projets artistiques dans la sphère publique, la distance à parcourir pour atteindre le lieu devenant un élément à part entière de chaque projet. Les processus artistiques exploitent le potentiel de la vitesse en ralentissant la course urbaine et en encourageant de nouvelles rencontres.
le temps est égal à la distance divisée par la vitesse
L’exposition collective qui clôture la première phase du projet triennal, entitulé Border Buda, se compose d’installations temporaires et permanentes réalisées par treize artistes locaux et internationaux. Ces projets artistiques ont été développés en tenant compte du lieu et de ses caractéristiques historiques, socioculturelles et écologiques. Les sept œuvres d’art temporaires, toutes inaugurées le 26 avril mais dont la durée de vie varie de l’une à l’autre, sont signées Amel Omar, Elias Cafmeyer, Ignace Wouters, Marine Kaiser, Pieter Chanterie, Nel Maertens et Zinaïda Tchelidze. Le collectif a vu le jour à la suite d’un appel ouvert, dans le cadre d’une résidence de recherche de longue durée. Au cours de cette période, ils se sont rendus à Buda tous les quinze jours pendant sept mois pour explorer ensemble la région et rencontrer des experts sur le terrain. Les six œuvres d’art permanentes, créées par Evita Vasiļjeva, Haseeb Ahmed, Ilke Gers, Jean Katambayi Mukendi, Katja Mater, Nico Neefs & Colas Fiszman seront présentées à différentes périodes. Alors que l’inauguration de Landmarks d’Ilke Gers en octobre 2023 a marqué le lancement public du projet, les œuvres d’Evita Vasiļjeva, Haseeb Ahmed, Katja Mater, Nico Neefs & Colas Fiszman ainsi que leurs contreparties temporaires seront inaugurées en avril 2024. Elles seront suivies par l’œuvre de Jean Katambayi Mukendi, créée à l’occasion du 70e anniversaire du pont de Buda, l’année prochaine.
Un axe essentiel de Border Buda consiste à se plonger dans le passé. Het Be(h)lang van Buda, la section du projet consacrée au patrimoine socioculturel, recueille des connaissances sur l’histoire de Buda, en étroite collaboration avec les férus de patrimoine des cercles d’histoire locale de Vilvorde, Machelen, Neder-Over-Heembeek et Haren. En plus de servir de terreau à la recherche artistique et curatoriale dans le processus de création de l’exposition au sein de l’espace public, les histoires recueillies par ce biais seront partagées lors de conversations, de clips audio et de visites guidées les 27 et 28 avril.
la distance est égale à la vitesse multipliée par le temps
Border Buda est une initiative qui rassemble Vilvorde, Machelen et Bruxelles. Et pour cause : le territoire de Buda est à cheval sur ces trois communes. La frontière administrative et linguistique entre la Flandre et Bruxelles traverse également la zone. Bien qu’elles fassent partie intégrante de l’identité de Buda, les frontières tracées sur les cartes disparaissent sur le terrain, et il faut alors se fier à des indices subtils pour deviner dans quelle entité géographique on se trouve, comme la couleur des marquages au sol ou le style des panneaux de signalisation. La périphérie, où le vivre ensemble et les différences font face à de nombreux défis complexes, semble souvent plus éloignée et plus figée qu’elle ne l’est en réalité. Border Buda vise à surmonter cette barrière mentale, en attirant l’attention sur Buda parmi les riverains et la communauté (inter)nationale au sens large, par le biais d’une série d’initiatives artistiques.
Le projet embrasse la notion de changement plutôt que de s’ancrer dans la pérennité. Ce cadre permet de conceptualiser la réalité et de percevoir le quartier de Buda comme un lieu en constante évolution. Dans ce contexte, nous cherchons à observer les formes de vie qui émergent et à les considérer comme autant de modèles pour vivre et travailler dans des environnements urbains, et comme des points de repère pour l’avenir.
Curateurs Anna Laganovska et Koi Persyn
Koi Persyn (°1996, BE) est un curateur et écrivain basé à Bruxelles. Il a obtenu un master en arts plastiques (2019), suivi d’un diplôme de troisième cycle en études curatoriales (2020), tous deux au KASK de Gand. Durant sa formation, Persyn a fondé un programme de résidence au Het Paviljoen de Gand. Il a participé au programme d’échange avec BIDAI à Kanazawa (JP, 2017) et a été sélectionné pour le Young Curators Program (2019) comme stagiaire pour le Pavillon belge à la Biennale de Venise. En collaboration avec Laila Melchior, Persyn a remporté le Lichen Curatorial Prize 2021 et a réalisé leur projet d’exposition à Jester (anciennement CIAP) à Genk (2022). Persyn est co-curateur de Publiek Park, une exposition de groupe, un programme public et une publication au Citadelpark de Gand (2021) et aux parcs Harmoniepark, Albertpark & Provincietuin à Anvers (2023). Il est également curateur chez Komplot à Bruxelles et coordinateur de projet pour Off the Grid, la plateforme de résidence et de présentation de Cas-co à Louvain. Persyn a été conservateur à Komplot à Bruxelles et coordinateur de projet pour Off the Grid, la plateforme de résidence et de présentation de Cas-co à Louvain (2024). Koi est actuellement le directeur artistique de Jester.
Anna Laganovska (°1996, LV) est une curatrice et écrivaine indépendante basée à Anvers. Elle a étudié l’histoire et la théorie de l’art à l’Académie des Arts de Lettonie à Riga, ainsi que les études culturelles à la KU Leuven. En 2022, elle a terminé le programme de troisième cycle en études curatoriales au KASK de Gand. Anna Laganovska a travaillé comme assistante de conservation au Frans Masereel Centrum. Ses projets curatoriaux récents incluent Flowers at Room Temperature, l’exposition centrale de l’Antwerp Art Weekend au De Studio d’Anvers (2023), Bodies of Work à la Kunsthal Extra City d’Anvers (2022), ainsi que Publiek Park au Citadelpark de Gand (2021) et aux parcs Harmoniepark, Albertpark & Provincietuin à Anvers (2023).
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