Wishing u well, 2024
photo by Lola Pertsowksy

Amel Omar Wishing u well, 2024

Emmanuellaan – Nieuwbrugstraat, Machelen

Les sources d’eau, indispensables à toute forme de vie, ont toujours eu un caractère sacré. La pratique consistant à faire des vœux en y jetant des offrandes, sous forme de pièces de monnaie ou d’objets précieux, est une tradition répandue partout en Europe qui remonte à l’époque médiévale. La surface miroitante et la profondeur infinie évoquent un lien entre le monde souterrain et le ciel, tandis que l’acte de faire un vœu devant un puits symbolise le rêve et les aspirations d’avenir, tant au niveau personnel que collectif. Ainsi, le puits peut être considéré comme un objet qui transcende le temps et l’espace, faisant office de carrefour symbolique entre le passé, le présent et l’avenir d’un lieu particulier. 

Située sur le territoire de Machelen, entre deux lignes de chemin de fer, l’œuvre d’art d’Amel Omar reproduit la construction historique d’un puits d’eau en pierre. Bien que la région de Buda regorge de sources naturelles, de nombreux points d’accès à l’eau ont disparu depuis le milieu du XIXe siècle, du fait de la mise en place de systèmes de canalisations modernes et de l’urbanisation croissante. Avec l’œuvre Wishing u Well, l’artiste attire l’attention sur le puits d’eau en tant qu’élément négligé, mais non moins important, de notre cadre de vie. Outre le puits, l’artiste place des miroirs de circulation sur le site. Ces miroirs sont positionnés de manière stratégique afin d’améliorer la visibilité des conducteurs sur les angles morts ou les passages à risque, ce qui leur permet de traverser les carrefours ou les voies étroites en toute sécurité. En ce sens, les miroirs de circulation servent à révéler des aspects cachés de la circulation, de la même manière que le puits attire l’attention sur les sources d’eau oubliées en milieu urbain. Le miroir de circulation et le puits évoquent tous deux une certaine réflexion, incitent à changer de perspective, révèlent des aspects cachés de notre environnement, et peuvent nous amener à nous interroger sur notre relation avec notre milieu et le temps qui passe.

Face à un panneau où l’on peut lire un souhait de bonne journée en anglais sur le mur de l’ancienne usine Renault, de l’autre côté des voies ferrées, l’œuvre d’art se dresse à l’intersection de deux rues en cul-de-sac. L’endroit, surtout fréquenté par des travailleurs locaux, des camionneurs ou des élèves d’auto-école, a des airs de décharge, et est perçu comme un espace fonctionnel en dehors de toute considération esthétique. En y intégrant des objets à vocation purement esthétique, Amel Omar incite le visiteur à le considérer sous un angle nouveau – non pas comme une simple voie de passage, mais comme un lieu paisible où le chant des oiseaux se mêle au va-et-vient des trains et au doux bruissement du vent dans les buissons ondoyants, transformant ainsi l’espace en un tremplin entre le quotidien et le magique. 

À propos

La pratique d’Amel Omar (1995, NL) repose sur des interactions performatives avec des objets du quotidien – qu’ils soient architecturaux ou non –, la caméra et l’utilisateur. De cette approche naissent principalement des œuvres vidéo, des installations in situ, des performances et des sculptures. Ce qui l’intrigue, c’est l’architecture accidentelle – celle des vestiges et des superpositions qui forment un espace intermédiaire. Une architecture qui n’attend aucune visite et se révèle sans prévenir. Aucune manière d’usage n’y est prédéfinie, et c’est précisément de cette confrontation inhabituelle que naît une incitation pour l’utilisateur à trouver sa propre voie.

Elle explore la mise en scène de la caméra ou celle de l’objet (architectural) pour bousculer les structures conventionnelles d’usage. La caméra ne se contente pas de traduire ; elle détient aussi le pouvoir de s’approprier totalement un objet. Ainsi s’installe un jeu d’appropriation, d’improvisation et d’anticipation où espaces et objets – et les usages qui leur sont associés – sont constamment remis en question.

Son travail est profondément guidé par une approche esthétique et expérientielle. Elle considère l’état d’entre-deux et la vacance d’un espace ou d’un objet comme un terrain propice à l’exploration. L’errance devient alors le principe fondamental de sa redécouverte, tandis que la caméra agit comme un outil de mise à distance. C’est une manière de détacher l’espace de son contexte physique et déterminé pour l’ouvrir à une nouvelle perspective.

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